Quand j'�tais gamin, et quand rien ne comptait pour moi, je ne pensais � rien, je ne me plaignais de rien, je ne faisais que manger et boire sur le compte de mes parents qui se for�aient � me satisfaire. Les Week-end et quand je n'avais pas cours, Je prenais souvent mon vélo et je sortais errer dans les rues et les boulevards de Meknès. Je ne prêtais guère attention aux gens, je ne cherchais pas à susciter leur curiosité. La brise du matin assouvissait en moi l'instinct de conserver la paisible rumeur de mes rêves de gamin. Mon enthousiasme n'avait pas de bornes tellement que je lâchais le guidon de mon vélo et ouvrais les bras pour embrasser cette brise magique dont les caresses soulageaient le c?ur. Je me pâmais chaque fois quand je vis les arbres tendant leurs têtes pour prêter serment d'allégeance au soleil radieux grimpant solennellement le ciel pour régner majestueusement sur la terre. J'étais plusieurs fois témoin du soleil entrain de dissiper l'obscurité de la nuit pour redonner vie à ce monde. Je trouvais aussi un grand plaisir, dans les rues de l'ancienne médina, d'assister au fourmillement des gens et de me faufiler entre eux avec mon vélo. Des fois, pour fuir l'embouteillage emmerdant de la ville, je me laissais perdre dans des groges étendues sur ses marges, où je ramassais des grobilles pour me réchauffer. Je me souviens très bien qu'il faisait, pendant l'hiver, un froid de loup. De loin, je contemplais les montagnes de Zerhoun. Un ruban de rêves multicolores se défilait dans ma tête comme au cinéma. Un large sourire remplissait ma petite bouche. C'était la joie en plein air frais. J'avais toujours envie de prendre le risque de conquérir l'inconnu. Je savais que le monde était si vaste que je ne pouvais lui dessiner des limites dans ma cervelle, et pourtant je rêvais de franchir ce monde juste pour satisfaire ma curiosité d'épier ce que les gens font au-delà de ma ville. Je me demandais souvent si je pourrais le faire sur mon vélo qui était, pour moi, la fusée de l'espoir. Mais quel espoir ? L'espoir d'aller plus loin de là où je vivais.
A SUIVRE



