Je m’appelle Elenwë, et je suis l’unique descendante de la lignée des Gardiens d’Aerindor. Mon destin aurait dû être simple : veiller sur les anciennes pierres runiques de notre village et mener une vie paisible au cœur des forêts sacrées. Mais tout a changé le jour où l’Obscur vint chercher ce qui ne lui appartenait pas.
Je me souviens encore de cette nuit. La brume s’était levée bien plus tôt que d’habitude, et le vent portait une odeur de soufre. J’étais perchée sur les branches d’un ancien chêne, un livre à la main, lorsque le premier cri retentit. Ce n’était pas un cri humain. C’était quelque chose de plus profond, de plus terrifiant. Une plainte arrachée aux entrailles mêmes de la terre.
En descendant précipitamment, j’ai vu les flammes. Elles dansaient entre les maisons de bois, portées par des ombres qui n’avaient rien de naturel. Le village était envahi par des créatures que je ne pouvais identifier : leurs corps étaient translucides, comme tissés d’ombre et de lumière, et leurs yeux luisaient d’un rouge cruel. Au milieu du chaos, une silhouette imposante se dressait. L’Obscur.
Il parlait une langue que je ne comprenais pas, mais ses intentions étaient claires : il voulait la Pierre de l’Éveil, la plus puissante des reliques que ma famille gardait depuis des générations. Sans elle, les barrières protégeant notre monde de son royaume des ténèbres tomberaient.
Mon père tenta de le défier, mais il fut balayé d’un simple geste, comme une feuille emportée par le vent. Il se tourna alors vers moi, ses yeux semblant sonder mon âme. “Tu es l’élue, n’est-ce pas ?” murmura-t-il, sa voix rauque résonnant dans mon esprit.
Je n’ai pas réfléchi. Peut-être était-ce la peur, ou peut-être un instinct plus ancien, profondément ancré dans mon sang. J’ai saisi la Pierre de l’Éveil, qui brillait d’une lumière douce mais intense, et je me suis enfuie dans la forêt.
Depuis cette nuit, je cours. L’Obscur me traque. Chaque fois que je ferme les yeux, je sens son souffle glacial sur ma nuque. Mais je ne suis pas seule. Les esprits de la forêt m’ont guidée jusqu’à une grotte secrète où repose une ancienne lame, celle des Gardiens. On l’appelle Luminaris. Lorsqu’elle est entrée en contact avec la Pierre, elle s’est éveillée, et avec elle, une partie de moi que je ne connaissais pas.
Maintenant, je ne suis plus une simple descendante. Je suis la Gardienne. Et si l’Obscur pense pouvoir s’emparer de ce monde, il devra affronter la lumière que je porte en moi.
L’ombre est puissante, mais elle oublie toujours une chose : une seule étincelle suffit à la dissiper.


