La cité elfique se révéla au détour d'un chemin, comme un mirage de pierre claire et de verdure enlacée. Les arches se dressaient entre les arbres millénaires, des passerelles de bois blanc reliaient les terrasses suspendues, et partout circulaient des silhouettes d'une grâce irréelle. Hommes et femmes, élancés, vêtus de tuniques blanches ; les femmes, seules, portaient dans leurs cheveux des couronnes de fleurs délicates qui semblaient éclore au rythme de leurs pas.
Iriéna en resta bouche bée. Bäll, lui, marchait raide, comme intimidé, jetant des regards fascinés aux alentours. Baradoc, fidèle à lui-même, adressait des sourires charmeurs à ceux qui croisaient leur chemin.
On les guida avec chaleur et cérémonie jusqu'à une vaste salle baignée de lumière, ouverte sur un balcon d'où l'on devinait la canopée infinie. Au centre, deux trônes de bois ouvragé se dressaient. Le roi et la reine s'y tenaient, majestueux, auréolés de noblesse tranquille.
Autour d'eux se tenaient huit enfants : sept fils aux regards aussi fiers que curieux… et une fille.
Äsvald s'arrêta net. Son regard accrocha celui de la jeune femme qui, un peu plus tôt, avait bondi dans les arbres en riant. La même grâce, la même chevelure bouclée, la même étincelle insolente dans les yeux.
Elle.
Le prince resta impassible, mais son regard ne se détourna pas.
Baradoc s'avança, s'inclina profondément, et parla en leur nom, la voix fluide et mesurée, comme il convenait à un ambassadeur : remerciements, salutations, formules d'usage. Äsvald se tenait à sa droite, silencieux, les mains jointes derrière le dos, fixant la princesse sans ciller.
Lorsque l'échange fut terminé, le roi se leva légèrement, posant une main sur l'épaule de sa fille.
- Voici Elenwë, dit-il avec une fierté douce. La perle de notre royaume. Notre unique fille.
Un murmure discret parcourut la troupe.
La princesse s'inclina avec grâce. Sa robe blanche suivit le mouvement comme une vague légère.
- Conduis nos hôtes vers leurs appartements, ma fille, demanda le roi.
Elenwë s'approcha du groupe, son regard glissant d'un visage à l'autre. Lorsqu'elle parvint devant Äsvald, elle ralentit. Un fin sourire ourla ses lèvres. Elle leva sa main pâle, l'offrant à lui seul.
Le prince, sans attendre, s'inclina et effleura cette main de ses lèvres. Elle le laissa faire, ses yeux brillants d'une malice qu'elle ne cherchait pas à cacher.
Puis, avec un léger rire silencieux dans son regard, elle se détourna et prit la tête du groupe.
Tous s'inclinèrent respectueusement devant le roi et la reine, puis suivirent la princesse à travers les couloirs lumineux, vers leurs appartements.
Ils avançaient derrière Elenwë, traversant les longs couloirs baignés de lumière. Äsvald marchait droit, la tête haute, mais chacun de ses pas avait quelque chose d'un peu trop mécanique. Son regard se perdait parfois sur la robe blanche qui ondulait devant lui.
Baradoc, qui trottinait à son côté, ne put s'empêcher de glisser à mi-voix, un sourire goguenard au coin des lèvres :
- Voilà qui est curieux… notre prince, si raide d'ordinaire, le voilà qui a l'air d'un adolescent transi.
Äsvald fronça à peine les sourcils, mais ne répondit pas.
- Allons, poursuivit Baradoc, tu ne vas pas me dire que ton silence n'est pas déjà un aveu. Elle t'a piégé en un regard, et maintenant, te voilà muet comme une carpe.
Äsvald lui lança un coup d'œil bref, mais ses lèvres se serrèrent. Pas un mot.
Baradoc rit tout bas.
Ils arrivèrent enfin devant leurs appartements. La princesse s'arrêta, se tourna légèrement, et s'inclina avec élégance. Puis, alors qu'elle se retirait, elle passa le long du groupe. Ses pas glissèrent près de Baradoc, qui s'inclina avec sa galanterie coutumière. Mais lorsqu'elle arriva à hauteur d'Äsvald, qui fermait la marche, son bras toucha le sien, effleurant sa peau d'un geste si discret qu'il aurait pu passer pour un hasard… si son sourire fugace n'avait pas révélé l'intention.
Äsvald se figea un instant, mais la princesse avait déjà tourné les talons, disparaissant dans le couloir.
Ils entrèrent dans la demeure. Les appartements étaient vastes, décorés de bois clair et de tissus brodés de fil d'argent. Les compagnons s'installèrent, posant leurs armes, cherchant leurs marques.
Iriéna brisa le silence :
- Alors… que faisons-nous maintenant ?
Tous se tournèrent vers Äsvald. Le prince, resté jusqu'ici immobile, semblait sortir d'une profonde rêverie. Ses yeux clignèrent une fois, comme s'il revenait de loin.
- Je… je ne sais pas, dit-il simplement. Je vais dormir.
Il s'éloigna vers la chambre qui lui avait été réservée.
Un silence pesa dans la pièce.
- Comment ça, il ne sait pas ? murmura Bäll, surpris. Baradoc m'a dit que le chef savait toujours quoi faire…
Baradoc éclata de rire.
- Oui, eh bien… disons qu'il vient d'être ensorcelé. Il est malade, voilà tout. La maladie du cœur.
Höse, assis dans un coin, leva un sourcil en direction du vieux diplomate, et un sourire fin se dessina sur son visage ridé.

