Äsvald s'était allongé sans même se dévêtir, bottes aux pieds, pantalon encore couvert de poussière, chemise entrouverte sur son torse. Mais le sommeil ne venait pas. Chaque fois qu'il fermait les yeux, c'était le rire clair d'Elenwë qui lui revenait, ou la chaleur brève de son bras effleurant le sien dans le couloir.
Il soupira, se redressa à demi, puis se laissa retomber en fixant le plafond sculpté. Ses poings se serraient et se desserraient, comme s'il cherchait à chasser une pensée tenace.
Soudain, un frisson. Un effleurement, ténu, comme une caresse sur son esprit plus que sur sa peau. Il se redressa d'un bond, la main déjà sur son épée posée à portée.
Elle était là.
Elenwë. Debout dans l'encadrement de la fenêtre, auréolée de la lumière lunaire. Sa robe blanche, fine, laissait deviner ses formes délicates, dessinées en ombres et en clartés. Ses cheveux bouclés cascadaient sur ses épaules, et ses yeux bleus brillaient d'un éclat mystérieux.
- Tu ne dors pas, dit-elle doucement.
Äsvald resta figé.
- Que fais-tu ici ? souffla-t-il.
Elle sourit.
- Te remercier. Tu m'as défendue aujourd'hui, face à cet elfe. Peu d'hommes auraient osé.
- Il m'a semblé naturel d'intervenir, répondit-il, un peu trop raide.
Elle s'approcha de quelques pas, ses pieds nus glissant sur le tapis.
- Naturel, peut-être… mais risqué. J'ai beaucoup de prétendants, vois-tu. Certains se lassent et s'en vont. D'autres… ne renoncent pas. Ils deviennent alors violents, comme tu l'as vu.
Äsvald baissa un instant les yeux, cherchant ses mots.
- Et toi ? Tu ris de tout cela, comme si cela ne t'atteignait pas.
Elle inclina la tête.
- Peut-être que je ris parce que je ne veux pas montrer que cela m'atteint.
Un silence. Leurs regards se croisèrent, intenses. Elle s'avança encore, si près qu'il put sentir son souffle. Puis, d'un geste vif, elle posa sa main sur son torse et se pencha.
Ses lèvres effleurèrent les siennes.
Äsvald écarquilla les yeux, interdit. Son cœur bondit dans sa poitrine. Une chaleur brutale lui monta au visage, et il sentit le rouge gagner ses joues.
Mais déjà, Elenwë se détachait de lui. Elle riait, un rire clair et léger, presque cruel.
- Bonne nuit, prince.
Et avant qu'il ait pu prononcer un mot, elle s'élança vers la fenêtre, souple comme une ombre, et disparut dans la nuit.
Äsvald resta figé au milieu de la chambre, la bouche entrouverte, incapable de savoir s'il avait rêvé. Sa main se porta inconsciemment à ses lèvres.
Il se laissa retomber sur le lit, plus troublé que jamais.
- Oui… murmura-t-il pour lui-même. Je suis ensorcelé.
Et la nuit lui sembla interminable.
Suite de l'histoire en cours d'écriture...

